Jan 10

Le fil du labyrinthe

isaac newton

Pour dire les choses en une phrase, Newton découvre la loi de la chute des corps et l’applique au modèle de l’univers établi par Copernic et par Galilée.

L’origine de cette découverte est une image d’Epinal aussi célèbre que les légendes d’Adam et Eve dans le paradis terrestre   à la veille de leur chute, d’Œdipe aveugle guidé par sa fille Antigone, de Balzac en robe de chambre entouré de Vautrin  et de Lucien de Rubempré devant sa tasse de café, de Proust cloué par l’asthme dans son lit de douleur parmi le flot de paperolles d’où sortira la Recherche.

Au fond de la compagne anglaise, haies basses, pelouse très vertes, arbres fruitiers, ciel bleu pâle parsemé de nuages, Isaac est assis dans l’herbe à l’ombre d’un pommier. A quoi pense-t-il ?  A rien peut-être. A Dieux. A ses études. Au mystère du monde et de l’être. Une pomme tombe de l’arbre sur sa tête ou à ses pieds. Une idée foudroyante lui traverse l’esprit : la pomme tombe du pommier parce qu’elle est attirée par la terre.

Cette idée si simple – plus simple que celle d’Archimède jaillissant de son bain pour aller crier : « Eurêka ! J’ai trouvé ! » Dans les rues de Syracuse, aussi simple que celle de Christophe Colombe décidant, puisque la terre est ronde, de partir à la rencontre des Indes par l’ouest au lieux d’aller les chercher par l’est comme tous les autres – va transformer le monde.

Découverte par Newton dans la campagne anglais au temps de la peste de Londres, la loi de la gravitation universelle stipule que tout corps   est attiré par tout autre corps selon une force d’autant plus grande que les corps sont plus massifs et plus proches. Le coup de génie de Newton est de faire le lien entre la chute de la pomme dans le jardin de sa mère et les mouvements de la terre autour du soleil et de la lune autour de la terre. La pomme, la Lune, La terre et tous les astres dans le ciel obéissent à une seule et même loi : l’attraction universelle.

Les anciens modèles sont mis en pièces. Il n’y a plus de distinction entre le ciel  et la terre. Il n’y a plus de sphères de cristal, il n’y a plus d’anges pour les mettre en mouvement. Il y a une loi unique pour un monde où tout est toujours en mouvement et où tout est lié.

Newton ne se contente pas d’expliquer comment Les corps se meuvent, il développe aussi les mathématiques complexes néssaires à l’analyse des ces mouvements. Une fois lancé, un corps sur lequel ne s’exerce aucune force continue à se déplacer en ligne droite à la même vitesse. Mais tout corps attirant tout autre corps selon une force proportionnelle à la masse des deux corps et à leur distance entre eux, la lune, au lieu de poursuivre son chemin  tout droit, tourne autour de la Terre et la Terre, au lieu de continuer, elle aussi, tout droit, tourne autour du soleil.

Si la lune ne tombe pas comme la pomme sur la Terre, C’est que son mouvement naturel constitue une force qui s’oppose à la force de gravité. Cette force – dite centrifuge – qui repousse la Lune de la terre est exactement  égale et opposée à la force de gravité. Si la force d’attraction gravitationnelle l’empotait  sur la force centrifuge, la Lune tomberait sur la terre comme la pomme.

Si la force centrifuge née du mouvement de la Lune l’emportait au contraire sur la force de gravitions, La Lune  échapperait à l’attraction de la terre et irait se perdre dans l’espace infini. Mais les deux forces s’équilibrent et s’annulent. La Lune s’obstine à tourner autour de la Terre comme la Terre s’obstine à tourner autour du soleil. Et les lois de Newton prédisent avec exactitude les mouvements réguliers de la Terre, de la Lune et d’autres planètes.

Trois quarts de siècle après la mort de Newton, Pierre Simon de Laplace, Mathématicien et astronome français, fils de cultivateur, protège de d’Alembert, examinateur du jeune Bonaparte à l’Ecole royale militaire, professeur à l’école normale et à l’école polytechnique, spécialiste du calcul des probabilités, ministre de l’Intérieur le temps d’un éclair au lendemain de 18 Brumaire, comte d’Empire et marquis sous la Restauration, présent à Napoléon  sa mécanique céleste, inspirée des travaux de Newton et de ses successeurs. L’Empereur lui fait remarquer que dieu n’apparait nulle part dans son système du monde.

_ Sire, lui répond Laplace, Dieu est une hypothèse dont j’ai cru pouvoir me passer.

Déc 29

H.Bourguiba Junior raconte une page de l’histoire des relations entre la Tunisie et les U.S.A

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En effet, en février 1961, le président Kennedy venait de prêter serment et je fus le premier ambassadeur à lui présenter mes lettres de créance ;  nous nous connaissions depuis 1957, lorsque j’étais Conseiller d’ambassade  alors qu’il était sénateur.

Cette première mission -(1956-1957)- s’effectuait alors que l’on était en pleine guerre d’Algérie : Au printemps 1957, le sénateur J.F.Kennedy qui s’intéressait à ce problème voulut me rencontrer. JE lui  ai rendu visite au Sénat et j’ai répondu aux questions, nombreuses et pertinentes  qu’il  m’a posées. Quelques  semaines plus tard, il a prononcé, au Sénat, un discours qui eut un grand retentissement, à Paris et Alger d’où le gouverneur Robert Lacoste, furieux, déclara publiquement que c’était le «  petit con de Bourguiba Jr.qui avait écrit le discours de Kennedy » ! Quand l’agence   France-Presse me demanda mon sentiment  sur ces déclarations je répondis que le gouverneur Lacoste m’honorait beaucoup, en m’attribut la paternité de ce discours ; quant au sénateur Kennedy, il était assez grand pour avoir ses idées sur la France, sur la guerre d’Algérie et sur le monde, que de toute façon, je ne pouvais lui écrire ses discours, ne maitrisant pas suffisamment l’anglais !

Lorsque j’arrivai à la maison Blanche, on m’introduisit dans un salon d attente : une porte s’ouvrit et que je fus interpellé par un « Hello, Habib »  Le président Kennedy me traita très amicalement se souvenant de nos entretiens de 1957. Il me dit : « Je crois que nous vivons tous les deux, vous et moi , moment unique dans notre vie .Vous  êtes le fils d’un Président, ambassadeur auprès d’un Président, fils  d’un ambassadeur, et je ne sais pas comment faire pour recevoir vos lettres. Vous allez me l’expliquer ! » Je lui expliquai qu’il fallait faire semblant de les recevoir, faire semblant  de les ouvrir, de les lire, de les accepter et enfin, les confier à son secrétaire. C’est ainsi que je lui ai « appris » à recevoir des lettres de créance, entre deux sourires complices

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En ce début de 1961, Washington, Bouillonnait, les yeux braqués sur les «  nouvelles frontières » que lui avait assignées très vite le Président Kennedy, qui avait réuni autour de lui, une équipe de jeunes talents tous azimuts. J’avais, de mon coté autour de moi une équipe  de grand qualité : Ismail Khalil, Farid Meherzi, Brahim Hayder ; chacun d’eux s’était arrangé pour se mettre dans les « bons papiers » de nombreuses personnes influentes ou proches du Président. Ainsi avions-nous accès, par des moyens indirects, rapides et faibles, à l’hôte de la maison Blanche.

J’ai eu l’avantage, lors de ma nomination en tant  que qu’ambassadeur de Tunisie aux États-Unis, succédant à Mongi Slim, de préparer la visite du président en Amérique du Nord, en mai 1961. J’ai failli rater l’arrivé de mon père à Montréal parce que je n’avais pas tenu compte des changements d’horaire d’été. Je suis arrivé juste à temps pour l’accueillir à l’aéroport et les choses se sont bien déroulées. Le gouverneur général  Vannier , à qui j’avais  présenté mes lettres de créance qeulques semaines plus tôt  a reçus avec beaucoup d’égards…

A ce sujet, me revient une anecdote amusante : le premier ministre  John Diefenbaker, avait déclaré devant le parlement canadien , qu’il avait l plaisir d’annoncer qu’il avait donné l’agrément à l’accréditation de Monsieur Habib Bourguiba Jr. Auprès du canada et, d’annoncer dans la foulée , l’invitation acceptée par le président Habib Bourguiba Senior ! pour la première et unique fois, on a tenue compte de moi comme la référence. J’avais été nommé le premier.

La visite fut un succès au Canada et trois jours plus tard, ce fut la grande réception à Washington.

Déc 29

Ahmed Noureddine, vie d’un patriote

par Ali Noureddine

L’hommage d’un fils

Militant au sein du Néo-Destour auquel il adhère dès sa création, en 1934, Ahmed Noureddine fait partie de cette génération de patriotes qui ont participé à mettre sur pied un état moderne sous l’impulsion du président Bourguiba.
Professeur de physique-chimie à Sfax (1940-1944), et à Sousse (1945-1958), puis  proviseur, il fut associé à l’équipe qui, autour de Mahmoud Messaadi, pensa et mit en œuvre la réforme de l’enseignement de 1958, celle qui a permis à tous les Tunisiens d’accéder à l’instruction.
Le président Bourguiba le nomma, par la suite, secrétaire d’État aux Travaux publics et à l’Habitat, poste qu’il occupa durablement du 2 janvier 1959 au 7 novembre 1969 avant d’être désigné ministre de l’Éducation nationale, pour une courte période (7 novembre 1969-30 décembre 1970), ambassadeur en Italie (janvier 1970-novembre 1972), puis en Algérie (19 novembre 1972-septembre 1973).
Président de la municipalité de Sousse de 1957 à 1971, il contribua enfin, avec les équipes municipales successives, à mettre en valeur la « Perle du Sahel », en particulier par la réhabilitation de son patrimoine architectural et une politique régionale d’essor touristique.

Ce livre n’est pas à proprement parler une biographie, mais le récit de séquences de vie d’Ahmed Noureddine, restituées par son fils. Y sont rapportés les « moments forts » de l’itinéraire d’un homme respecté, qu’ils soient d’ordre privé ou public, par exemple la crise de septembre 1969 et ce qui allait devenir l’ « affaire Ben Salah ». D’une probité et d’une intégrité morale et matérielle exemplaires, ce haut-responsable des années pionnières du développement de la Tunisie des années 1960 a toujours accompli ses diverses tâches, pédagogiques, ministérielles, municipales et diplomatiques, avec compétence, dévouement et abnégation.

Le ton donné à cet entretien rétrospectif, volontairement adopté par Ali Noureddine, historien de formation, est alerte, étayé par une série d’anecdotes amusantes ou dramatiques, mais aussi par des analyses de situation, et par des compléments d’information.

L’auteur, né en 1949, est professeur d’histoire contemporaine. Il a enseigné à l’École normale supérieure, puis à la faculté des Lettres de Sousse. Ses travaux de recherche portent sur l’évolution du Mouvement national tunisien dans le contexte de la crise économique des années 1930, et sur l’histoire des institutions judiciaires. Il est l’auteur d’articles parus dans divers ouvrages collectifs ou revues savantes tunisiennes et étrangères. Sa thèse de doctorat d’État a été publiée aux Éditions L’Or du Temps en 2001, sous le titre : « La justice pénale française sous le Protectorat : l’exemple du tribunal de première instance de Sousse (1887-1939) ».

alriadhiya